On parle beaucoup de la santé à travers ses technologies, ses équipements ou ses réformes. On parle beaucoup moins de ce qui précède tout le reste : la parole. Avant le diagnostic, avant le protocole, avant même le geste médical, il y a un échange, parfois fragile, entre un patient et un soignant. C’est dans cet espace que se jouent des décisions cruciales. C’est aussi dans cet espace que le laboratoire LHUMAIN, rattaché à l’Université Paul-Valéry Montpellier, a choisi d’intervenir.

LHUMAIN ne considère pas le langage comme un objet théorique isolé. Il l’aborde comme une pratique sociale déterminante, au cœur des situations de soin. Cette orientation se matérialise dans plusieurs projets structurants en santé numérique. Le projet Erios, mené en collaboration avec le CHU de Montpellier, en est l’un des exemples les plus emblématiques. À partir de l’analyse fine des entretiens médicaux, il vise à mieux organiser les informations issues des consultations. Ce travail permet de concevoir des logiciels capables d’aider les médecins à structurer les données clés, à limiter les pertes d’information et à réduire les risques d’erreurs, tout en améliorant la coordination entre professionnels de santé.

Dans un autre registre, le projet UNIMA, parfois désigné sous le nom ENIMA, mobilise les humanités numériques pour analyser les discours de patients souffrant d’addictions. L’enjeu n’est pas simplement descriptif. Il s’agit de comprendre, à travers le langage, les mécanismes à l’œuvre dans les parcours addictifs, afin d’affiner les stratégies de soin et de proposer des accompagnements plus personnalisés. Ici, l’analyse linguistique devient un outil clinique à part entière, au service d’une meilleure compréhension des trajectoires individuelles.

Cette attention portée aux interactions précoces se retrouve également dans le projet LIIPPS, issu de l’histoire même du laboratoire. LIIPPS s’intéresse au langage et aux dynamiques interactionnelles dans une perspective d’intervention précoce. En analysant les échanges, les signaux faibles et les formes de communication, le projet vise à optimiser la prise en charge avant que les situations ne se dégradent. Là encore, le langage est pensé comme un indicateur, mais aussi comme un levier d’action.

Au-delà de ces projets nommés, l’expertise de LHUMAIN s’exerce dans des domaines où la communication est critique. C’est le cas des urgences et des appels au SAMU, où l’analyse des interactions permet d’améliorer la transmission de l’information dans des contextes de forte tension temporelle. C’est aussi le cas de la télémédecine, pour laquelle le laboratoire a produit des recommandations, notamment sous forme de supports vidéo, afin de renforcer l’efficacité des consultations à distance. En psychiatrie, enfin, les collaborations portent sur l’échange patient-soignant, socle fondamental du diagnostic et du traitement.

Pour soutenir ces travaux, LHUMAIN a développé des outils structurants. Corpus Humanum constitue ainsi un entrepôt de données sécurisé, permettant de stocker et d’analyser des interactions de soin sensibles dans le respect des cadres éthiques et juridiques. Le projet SPOC-in-prison, bien que déployé en milieu carcéral, illustre la même logique : proposer des guides de communication et des formations en ligne adaptées à des contextes contraints, au service de professionnels travaillant auprès de populations vulnérables.

L’ensemble de ces projets repose sur une idée simple mais décisive : la qualité de l’échange linguistique a un impact direct sur le diagnostic, le traitement et le bien-être des patients. En replaçant le langage au cœur du soin, le laboratoire LHUMAIN montre que les sciences humaines ne sont pas un supplément théorique du système de santé, mais l’un de ses leviers les plus concrets et les plus nécessaires à l’heure de la médecine numérique.